Dans ce spectacle franco-anglais, La Dispute de Marivaux est au centre. Marivaux témoigne souvent dans ses œuvres de son inclination pour la chirurgie du cœur. Dans La Dispute, il met en scène un laboratoire virtuel, dans une fiction où, de jeunes gens, filles et garçons, élevés dans la privation de tout contact avec leurs congénères, découvrent et apprivoisent leur condition d’individu contraint à vivre en société. Homo hominem lupus, Hobbes n’est pas loin !
La pièce est physique, ludique, enjouée mais la comédie n’en épargne pas moins la nature humaine qu’elle décrit volontiers comme égoïste, possessive, jalouse, haineuse même. À travers cette étude de caractère, elle dissèque les comportements autour de l’ego, du territoire : le désir, la crainte. Le contraste de la langue ciselée et des pulsions animales primaires des personnages donne à ce texte une saveur toute particulière d’érotisme. Confrontation musclée entre le langage des mots et le langage des corps, violence du choc entre l’inné et l’acquis.
En “background”, à travers les couples prince/princesse, tuteur/tutrice, et le couple idéal final, des scènes d’amour et de désamour de Shakespeare, en langue anglaise (La Dispute est interprétée en français) viennent rythmer le spectacle à l’instar de la musique électrique jouée en “live” (l’ensemble est sous-titré dans l’une ou l’autre langue).
La distribution du spectacle qui convie de très jeunes artistes, en relation avec le Jeune Théâtre National, a ici volontairement un caractère pluriethnique, allégorique de l’universalité du propos. Le spectacle est aussi multiculturel puisqu’il s’inscrit dans un partenariat avec le Chipping Norton Theatre : l’ensemble de la distribution est à parité franco-anglaise. Créée en France, La Dispute rejoint ensuite le Royaume-Uni pour le Festival d’Oxford et une tournée anglaise.
ÉRIC DE DADELSEN
|