Enquêter sur la famille, et revient alors inévitablement à l’esprit la phrase d’André Gide tirée des Nourritures terrestres « Famille, je vous hais ! »
Nous avons choisi en écho une question moins violente et définitive qui laisse la possibilité de l’amour, amour et haine étant si inextricablement liés dans les rapports contradictoires, ambivalents, complexes, que chacun d’entre nous tisse avec son histoire, son héritage, ses parents, grands-parents, frères et soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines… car il est difficile d’échapper à d’où l’on vient ; il y a ces secrets dont nous portons la trace sans le savoir, il y a ces traits physiques que nous n’avons pas choisis et qui nous font ressembler à l’un ou à l’autre. Que ce lien soit maintenu ou rompu, qu’on éprouve reconnaissance ou amertume envers ses géniteurs, on ne peut le nier.
La famille ? Au loin, souvent, on souhaite en être. De l’intérieur, parfois, on veut s’en évader. Lieu refuge, on y est enfin soi-même, et, à l’inverse, carcan, notre place y est préétablie, étiquetée dès l’enfance. On s’extirpe alors pour voler de ses propres ailes, pour voir ce que l’on vaut seul, on quitte sa famille et on en recroise d’autres sur le chemin, dans lesquelles on s’immisce ou qu’on crée, familles d’amis, familles professionnelles, familles politiques... on y retrouve les mêmes rivalités, les mêmes guerres intestines, les mêmes relations passionnelles, tous les dangers de la consanguinité et tous les réconforts, la chaleur et le soutien du groupe.
Il arrive qu’on fonde la sienne qu’on voudra forcément différente, loin des écueils de celle qui nous a fait naître, ou tout pareil en mieux. Nous sommes nombreux à en fonder plus d’une, familles recomposées, familles monoparentales, nouveaux termes à de nouvelles réalités. La famille reste un champ d’études sans fond dont les écrivains se saisissent avec avidité et nous renvoient différentes images au plateau.