Comme tout est étrange aujourd’hui, se dit Alice, poursuivant au fond du terrier un lapin blanc vêtu d’une redingote qui marmonnait en consultant sa montre : ”Oh , mon dieu ! Je vais être en retard”.
Spectacle pour tous les publics, Alice ou le monde des merveilles explore le champ poétique proposé par Lewis Caroll : c’est un rêve mais aussi un cauchemar - un monde obscur, souterrain, auquel on accède par un terrier - et comme dans les rêves, il faut accepter de ne pas tout maîtriser…
Le spectacle a gardé la structure du récit de l’auteur, qui avance de rencontre en rencontre. Chaque tableau est imprégné d’une atmosphère bien distincte, touche en premier lieu les sens et permet aux mots de résonner de multiples échos.
La singularité des acteurs de Catalyse – compagnie formée d’adultes handicapés mentaux – s’impose comme une véritable force artistique.
Avec un respect infini et une patience exemplaire, les théâtres de l’Entresort et des Lucioles travaillent avec ces interprètes rêvés parce qu’ils ont eux-mêmes une perception troublée de la réalité et parce qu’ils sentent et perçoivent intuitivement le non-sens. L’imperfection même du jeu, l’aspect râpeux de leur présence, l’incertitude de la faible mémoire, restituent le danger, le risque qu’un acteur prend lorsqu’il s’expose au public. Il permet de voir un théâtre où la question du temps – de ce temps unique qu’est l’événement de la représentation – se perçoit dans sa pleine mission...
Madeleine Louarn
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